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vendredi 31 juillet 2015

Peine de mort au Burkina : halte à l’intoxication et donnons un coup de pouce aux droits humains



Dans un article publié dans Le Quotidien en date du 30 juillet 2015 (Lire l’article : http://226infos.net/?p=5307), un journaliste burkinabé s’interroge ou, me semble-t-il, affirme la nécessité d’appliquer la peine de mort eu égard aux crimes crapuleux de plus en plus nombreux au Burkina Faso. Il évoque plusieurs autres arguments en détail pour soutenir cette affirmation. En réaction à cet écrit, je me vois plutôt obligé en tant que citoyen aussi d’apporter un autre regard à cette assertion, surtout à l’heure où notre pays s’apprête à marquer l’histoire en plusieurs points.


Cette obligation de réaction tient surtout compte de la nécessité de contribuer ici à  replacer et à recadrer le débat sur la peine de mort, afin de ne pas saper le travail et le processus en matière de garantie et de mise en œuvre des droits humains dans notre pays. Il s’agit aussi, de participer et d’enrichir les débats vers la mise en place de politiques responsables qui pourraient contribuer à juguler le problème de criminalité et de renforcer les acquis démocratiques en cours. Notre cher journaliste, en relevant les anomalies ou les insuffisances des procédures au niveau de l’instance judiciaire qui conduisent parfois à la libération prématurée ou à l’impunité de certains criminels, et en attirant l’attention sur la montée de la criminalité et de la menace terroriste, s’inscrirait dans cette logique s’il n’avait pas fait du prétendu lien entre la non application de la peine de mort et la montée de la criminalité une évidence. Mieux, notre ami journaliste va plus loin en  qualifiant d’« hypocrisie ambiante » l’action pour l’abolition de la peine de mort, tout en encourageant la vengeance comme étant  la solution pour soulager les peines des victimes. En me basant sur ces deux derniers éléments,  permettez-moi de verser aux débats quelques éléments justes et plus utiles. 


D’abord, il est utopique de croire qu’il y a un lien entre la non application de la peine de mort et la montée de la criminalité au Burkina Faso. C’est d’ailleurs à juste titre que très peu de gens aujourd’hui soutiennent cette idée. En effet, aucune étude au monde n’a pu relever ce lien. Des pays voisins comme la Côte d’Ivoire et le Togo qui ont pris leur responsabilité en abolissant la peine de mort depuis des années ne s’alarment pas pour autant. La raison est toute simple ; aucun criminel ne pense à la peine de mort avant de commettre l’acte répréhensible. En outre, la peine de mort n’est pas plus dissuasive que les autres peines, notamment la prison à perpétuité. Aux Etats-Unis, les Etats qui continuent de condamner et d’exécuter les prisonniers ne connaissent pas moins de criminels que les autres Etats qui l’ont aboli. Les éléments donc déterminants doivent être appréciés à l’aune des motifs réels des délits ou des crimes. 


Ensuite, c’est une aberration de penser que l’exécution des criminels soulage les souffrances des victimes et donc, permet ainsi de rendre justice. La justice n’est pas le réceptacle des frustrations individualistes ou collectives subjectives, mais le cadre d’expression de valeurs et de principes généraux objectifs qui gouvernent et régissent au mieux les rapports humains durablement. Ainsi, même si certaines revendications populaires sont légitimes, elles ne sont pas forcément légales. Aux écarts des individus par rapport à la loi, la justice doit réprimer de façon juste en suivant les prescriptions juridiques. La justice doit également poursuivre sa perfection en veillant à appliquer des normes de plus en plus évoluées. C’est la raison pour laquelle par exemple, l’application de certains principes comme  le principe « œil pour œil » ont été abandonnés, il y a belle lurette. En répondant à la violence par la violence, la justice rendrait la société encore plus violente.  


Enfin, il est important de rappeler que toute analyse sur un thème aussi sensible et capital pour toute la nation mérite la prise en compte de plusieurs dimensions, notamment juridique et éthique, sauf si cette analyse est réalisée à dessein d’intoxication.  En effet, au plan juridique par exemple, c’est presque scandaleux de ne pas mentionner la nécessité d’harmoniser les textes pour prendre en compte l’obligation de respecter les engagements pris au nom des droits humains et portant spécifiquement sur le droit constitutionnel à la vie. Les principes moraux de tous bords militent en faveur du respect de la vie sacrée en toute circonstance et l’apologie de la peine de mort est contraire aux principes même de démocratie et d’état de droit.  

C’est au regard de tout ce qui précède que les organisations de défense des droits humains clament l’abolition de la peine de mort. Nous sommes d’autant plus satisfaits de ce que les autorités burkinabé aient pris la bonne résolution d’aller vers l’abolition de la peine de mort et renforcer la mise en œuvre du droit à la vie au Burkina Faso.